Début de notre vie australienne

Dans le voyage en général, et le nôtre en particulier, le Changement est omniprésent. Changement de culture, de langue, de nourriture, de monnaie. Changement de confort, et même parfois, de statut social.

Si l’étiquette « Blancs étrangers/touristes/riches » était impossible à décoller de nos sacs à dos en Asie, elle a soudainement totalement disparu à la seconde où l’on attérit en territoire aussie, pour laisser place à une autre étiquette non moins difficile à se débarasser: « Backpacker ».

Car le visa que l’on a choisi pour notre séjour en Australie est le célèbre Permis Vacances Travail (PVT) ou Working Holiday Visa (WHV) en anglais. Depuis 2004, ce visa donne le droit de séjourner douze mois dans le pays en ayant la possibilité de travailler. Premier avantage: si l’on travaille trois mois consécutifs pour le même patron ou au moins 88 jours pour différents patrons, on a le droit de postuler pour un deuxième PVT (payant). Il faut que ce soit dans les domaines de l’agriculture, la pêche et la culture des perles, le bâtiment ou les mines. Deuxième avantage: les taxes (équivalent des impôts) sont prélevées à chaque versement de salaire, mais en tant que « backpacker », on a le droit de se les faire rembourser à la fin de l’année fiscale. ATTENTION! Ce dernier avantage est remis en question et risque fortement d’être supprimé dans les mois à venir! Le PVT Australie est réservé aux 18-31 ans moins un jour en ce qui concerne les Français. Depuis le 1er janvier 2016 il coûte 440 dollars, soit environ 300 euros.

Quand on débarque à Perth, tout nous est une fois de plus différent et étranger, et pourtant tout nous parait familier. Un retour en culture occidentale que je reçois comme une bouffée de bien-être. Un peu comme si j’étais en train de m’étouffer et qu’une main salvatrice venait plaquer un masque à oxygène sous mon nez.

L’Australie (de son nom entier le Commonwealth d’Australie) est peuplée depuis plus de 50 000 ans par les Aborigènes. L’art rupestre, les chants et les danses aborigènes sont considérés comme la tradition artistique continue la plus ancienne au monde. Le thème central de cette culture est le Temps du Rêve, qui explique les origines du monde. Les Européens arrivèrent en Australie à partir du 17e siècle, mais ce n’est qu’en 1770 que le lieutenant James Cook, déclarant que l’île était inoccupée, planta le drapeau britannique: cela permit également d’y établir une colonie pénitentiaire. Mais il parla des Aborigènes dans son journal: « ils sont bien plus heureux que nous les Européens… Ils vivent dans la tranquillité qui n’est pas troublée par l’inégalité de la condition. La terre et la mer leur fournissent toutes les choses nécessaires pour vivre… Ils vivent dans un climat agréable et ont un air très sain… » Le moins que l’on puisse dire c’est que leur situation a bien changé aujourd’hui, et que l’on ne pourrait plus dire cela d’eux, malheureusement! La faune et la flore uniques de la côte Est furent favorables à la colonisation européenne.

L’Australie d’aujourd’hui compte principalement cinq états et deux territoires: l’Australie Occidentale, le Territoire du Nord, le Queensland, l’Australie Méridionale, la Nouvelle Galles du Sud, le Victoria et la Tasmanie.

Carte_des_états_australiens_copie

Source : wikipédia

L’Australie Occidentale aurait pu être française si les colons britanniques n’avaient pas été plus réactifs que les français: ils construisirent l’actuel Albany pour y établir en premier une colonie, en 1826. Néanmoins beaucoup de lieux aux noms français ont subsisté. L’Etat occupe à lui-seul un tiers du pays, mais compte seulement 10% de la population totale, avec une densité de 1h/km²!

Perth, quatrième ville du pays,  est la capitale de l’Australie Occidentale (Western Australia-WA) et compte environ 2 millions d’habitant soit la moitié de la population de l’Etat! Comme la ville de plus d’un million d’habitants la plus proche est Adélaïde, à plus de 2 000 km, c’est aussi la ville de plus d’un million d’habitants la plus isolée du monde! Et elle est plus proche de Jakarta, en Indonésie, que de Sydney ou Melbourne. La distance Paris-Moscou est quasiment équivalente à Perth-Adélaïde!

Australia vs Europe

Aéroport, distributeur de billets, nouvelle monnaie. On reparle en dollars, mais australiens cette fois (1$ oscille entre 0,64€ et 0,68€ depuis plusieurs mois).WP_20150523_07_03_21_Pro On attend le bus pour rejoindre le centre-ville. Le chauffeur nous salue en souriant mais ne veut pas prendre notre billet de 50$. On propose d’aller vite acheter quelque chose pour faire de la monnaie, mais il nous fait:
Taxi!
Ah tiens, ici aussi on nous prend pour des riches? On lui dit que c’est trop cher et qu’on préfère prendre le bus. Il répète,  » Taxi « , en faisant un mouvement de la tête. Euh…
Ok, take-a-seat! (soit en accéléré phonétiquement [tèxit]) (« prenez un siège »)
On reste comme deux ronds de flan. Grosse claque. D’une, visiblement il va falloir qu’on apprenne à parler anglais. Enfin, aussie. Parce que si en Asie on avait l’impression d’être des British en France, là on se sent comme des Chinois à Londres. De deux, le chauffeur lui-même nous dit de monter dans le bus sans payer. Je vous ai parlé de changement ?

Le centre de Perth nous charme immédiatement. Tout semble parfait: propre, calme, soigné. Pas de papier par-terre, pas un cri. L’Asie est sWP_20150523_09_37_54_Richi loin.

Il nous faut un petit-déjeuner et une connexion, on pousse la porte du fast food du coin. Déception, pas de menu végétarien comme en Irlande, et l’addition est salée. Une femme vient quémander de l’argent. Gros changement. On prend contact avec Sally, chez qui on doit faire du HelpX pendant une semaine (HelpX fonctionne comme le Woofing: logement et nourriture contre travail, sauf qu’au contraire du woofing, le travail ne se limite pas au domaine de l’agriculture). Sally habite à Fremantle, dans un lotissement isolé en périphérie de Perth, et il nous faut donc prendre le train pour nous y rendre. Enfin, ça s’appelle un train mais ça ressemble plutôt au RER parisien. En plus propre. Sally vient nous chercher à la gare.

C’est donc avec elle et toute sa famille (quatre enfants de 5 à 13 ans et un chiot de six mois et 60 kg) que commence notre nouvelle vie australienne. Une semaine à ranger/nettoyer la maison et le jardin en échange du gîte (sans chauffage) et du couvert (bio). Le ménage n’est pas une sinécure et le rangement est sans fin. Ca grimpe et saute dans tous les sens, chien y compris. On comprend un mot sur deux quand on est chanceux. La fin de la semaine arrive avec soulagement.

Direction Waroona, un bled situé à 400 km plus au sud. Sue a repris le ranch de sa mère à la mort de cette dernière, mais elle est débordée. Elle a besoin de nous pour l’aider à s’occuper de ses chevaux et du jardin. Parti pour rester deux semaines, on y reste finalement trois. Sue a bon fond, mais aussi un sacré caractère; on est pas loin du syndrôme de Stockholm avec des jours où l’on est à deux doigts de tout plaquer et d’autres où finalement, on l’aime bien… Avec le recul on a quand-même eu le cas typique à éviter dans ce genre d’échange: une hôte trop exigente qui oublie qu’on n’est pas des salariés, qu’on a pas ou peu d’expérience selon les tâches qu’elle nous donne à faire, et surtout, qu’on est censé ne travailler que quelques heures, et pas de 7 heures du matin à 7 heures du soir! Une chose nous rassure néanmoins: on la comprend bien. D’origine anglaise, elle ne parle pas l’aussie, et ça, ça nous aide! On tient donc le coup jusqu’à la date de notre HelpX suivant, qui nous fait retourner en banlieue de Perth, à Cottesloe, quartier aisé, où Inge et David nous attendent.

Cinquantenaires d’origine allemande et écossaise (et parlant sans problème de compréhension pour nous!), ils ont des enfants éparpillés un peu partout dans le monde, et eux adorent sillonner l’Australie dans leur van. En Australie les frais dentaires sont aberrants. C’est pourquoi David a pris rendez-vous chez son dentiste… au Vietnam! Et c’est pour cela qu’ils ont besoin de nous: pour garder la maison, nous occuper des réservations du studio qu’ils louent sur le site  AirBnB et repeindre leur bureau. Dix jours qui passent bien vite, car si la saison est calme pour la location (on est en hiver), la pièce à repeindre nous donne du pain sur la planche. Et en parallèle il nous faut commencer à préparer la suite.

On s’était donné deux mois maximum de HelpX, le temps de nous mettre dans le bain australien sans trop dépenser. Maintenant, il nous faut travailler avec une rentrée d’argent en retour. On a dans l’idée de partir de Perth pour aller vers le sud, en traversant toute la région agricole autour de Margaret River pour faire du porte-à-porte aux fermes sur la route. Il nous faut donc une voiture. Comme un road trip autour du pays n’est pas encore à l’ordre du jour, on opte pour une Mitsubishi Magna : ce genre de voiture break routière est très courant et suffisament gros pour y installer un lit à l’intérieur. On la trouve via le site Gumtree, équivalent à notre Bon Coin. Vendue par un Australien, gage d’un entretien sans doute plus sérieux que si elle était passée entre les mains de plusieurs backpackers. Et puis c’est peut-être un signe: la plaque d’immatriculation est ACW, à une lettre près c’est notre sigle! (ACWT = AC World Tour). Elle est faite pour nous. Quand Inge et David reviennent, ils sont ravis de notre travail et nous laissent rester deux ou trois jours de plus afin de laisser Adree finir d’aménager la voiture. On porte les papiers de changement de propriétaire au bureau des transport (si en France il faut prendre sa journée, ici c’est réglé en vingt minutes). Nous voilà donc avec notre nouvelle maison: coffre-cuisine et sièges arrières qui se transforment en lit (les achats ont principalement été faits dans des op shops, magasins de seconde main). Nous voilà parés! On quitte Cottesloe en retrouvant le plaisir d’être à nouveau indépendants et libres! Sur notre route, Margaret River, Manjimup, Frankland, Danemark… Des vignes aux fermes de pommes, on trouve porte close. Pas la saison ou équipes déjà complètes. On commence à stresser, à se dire qu’il va peut-être falloir continuer jusqu’à Adélaïde, côté Est… Et puis on arrive à Albany, notre dernière chance. Surprise, après tous les patelins traversés, Albany se trouve être une vraie ville, de taille moyenne pour l’Australie.

Et nous voilà sauvés.

Je partage sur Google Plus

8 Comments

  1. J’adore ce nouvel article et votre arrivée sur ce nouveau continent si lointain ! Un continent tellement lointain et dont on ne connait pas vraiment l’histoire. Votre article comble un peu cette ignorance. Vous avez été en contact direct avec les habitants lors de votre arrivée, ça a dû être une bonne expérience sur leur mode de vie et leur langue, mais ça n’a pas dû être facile tous les jours !

  2. Quand même! Un sacré cumul de signes positifs! Le chauffeur de bus très sympa, la plaque d’immatriculation… On the right way it seems!

    • Too right bro!

  3. Je découvre votre blog avec ce début d’aventure sur la côte ouest australienne… Super ! J’en rêve ! Et vos aventures whv me ramènent quelques années en arrière… Nostalgie, nostalgie !
    Bref, je suis ravie de vous suivre !

  4. Super votre blog! J’apprends beaucoup de chose!
    Vos photos sont belles aussi!
    Merci et bonne chance

Laisser un commentaire