Nusa Penida

Petite île au sud-est de Bali, Nusa Penida est dédaignée au profit de sa célèbre grande soeur et des demoiselles Gili. Tant mieux pour nous!

Quand on débarque, c’est tout juste s’il y a un gars qui se propose comme chauffeur. On décide de marcher, puisque de toute façon on ne sait pas où l’on va! On cherche une guest house sur la plage, rien, on continue à marcher au bord de la route, toujours rien… Evidemment si l’endroit n’est pas très touristique, il y a peu d’infrastructure pour nous accueillir… Mais en fait il n’y a rien du tout au bord de la route. On sent revenir notre malchance… On décide finalement d’arrêter la première voiture qui vient et de demander de l’aide. Il y a peu de passage, alors il nous faut encore être patient. Il y en a finalement une qui arrive, l’homme à l’intérieur nous dit que oui il connaît un endroit où l’on pourrait dormir, et qu’il peut nous y conduire pour… 300 000 Rp. Là on rigole franchement, 300 000 c’est quoi, juste dix fois trop cher… Le gars insiste, on continue à pieds. On commence à être fatigué et énervé, près de deux heures qu’on marche sans succès. On aperçoit enfin un restaurant! On se renseigne auprès d’une jeune femme en train de préparer les tables qui nous dit que son oncle tient une guest house juste à côté. Enfin! On la suit à quelques mètres de là. Son oncle nous montre une chambre, salle de bain à l’extérieur, et nous en demande 400 000 Rp; trop cher ! Il descend son prix de moitié. On retient, mais on se dit que s’il y a une guest house, il y en a sûrement d’autres.

On arrive à un autre village et à une autre guest house. On se présente à l’accueil… la télé est allumée mais le match ne devait pas Nusa Penida (23) être passionnant car un homme est endormi dans une position juste improbable… allongé par-terre, il a encore une jambe sur sa chaise… On essaie de le réveiller mais c’est pas gagné d’avance. Je laisse faire Adree et vais voir un peu plus loin. Il y a une autre guest house, tenue par celui qu’on appellera Tonton, qui a aussi un boui-boui accolé à celui de sa soeur. Il me fait visiter une chambre, très correcte, avec douche et toilettes turques (ou asiatiques!) à 100 000 Rp la nuit! Je n’en crois pas mes oreilles, je suis ravie. Je cours récupérer Adree (l’homme de la réception s’était enfin réveillé et lui avait aussi montré des chambres à 200 000 la nuit). On est les seuls étrangers, on alterne les repas chez Tonton et chez sa soeur. On se sent bien, on décide de rester une semaine. Tous les jours on loue un scooter (50 000 Rp la journée) à Tonton et on part visiter l’île. C’est quand-même mieux qu’à pieds avec nos sacs à dos!

 Notre sortie quotidienne nous mène jusqu’à Crystal Bay, à une vingtaine de minutes de chez Tonton. Quelques boui-boui donnent sur la plage et ce décor magnifique.

Un jour qu’on fait du snorkelling, admiratif devant les poissons et les coraux, on ne se rend pas compte que le courant est en train de nous emporter. Et quand on veut rejoindre la plage, il est trop tard: on se retrouve à contre-courant et en pleine marée basse! On dû batailler pendant près d’une heure pour réussir enfin à sortir de là, en se coupant aux mains et aux pieds sur les coraux! Un moment horrible où l’on a essayé de ne pas paniquer tout en luttant contre le courant… Epuisés, on s’est dit qu’on avait eu de la chance, mais qu’un panneau de mise en garde ne serait pas de trop… Nusa Penida a failli ne faire qu’une bouchée de nous.

Du coup le lendemain, pas de plage: on décide de partir faire le tour de l’île en scooter. Et on ne le regrette pas ! La balade nous aura pris moins d’une journée.

Adree adore faire de la plongée sous-marine en apnée. Depuis qu’on est en Asie du Sud Est, il est tenté par la plongée en bouteille. On trouve un centre de plongée à 40 dollars la leçon d’initiation, c’est une belle occasion. Après beaucoup d’hésitations et même si je stresse, je le suis dans cette nouvelle expérience. Notre moniteur est une armoire à glace Polonaise et tatouée. Il nous montre sur une carte l’endroit où l’on va plonger: Crystal Bay. Il nous explique qu’on restera donc à gauche du rocher car le côté droit est dangereux à cause des courants… On ne va pas le contredire! Comme Adree se débrouille déjà bien sous l’eau, il le laissera évoluer seul, mais moi il a bien compris qu’il vaudrait mieux qu’il me guide, et m’informe donc qu’il me tiendra tout le long.

Le lendemain matin, impossible de reculer. On s’équipe et nous voilà sur le bateau.

Oui, j’ai la trouille.

Se jeter à l’eau (dans tous les sens du terme) est déjà une épreuve en soi: se laisser tomber en arrière, emporter par le poids des bouteilles, est déjà traumatisant pour moi (si si). J’apprends à respirer avec le masque et j’essaie de m’habituer à tout cet attirail. Après avoir mis en place un système de codes pour pouvoir communiquer (« ça va », « ça va bof », « je veux remonter »), et nous demander de ne pas nager trop près des coraux pour ne pas les abîmer avec nos palmes, c’est parti. Notre Polonais nage au-dessus de moi, en me tenant par le dos. Je ne peux pas relever la tête, je suis bloquée à ce niveau-là. On descend jusqu’à presque toucher le fond. Le Slave me fait d’ailleurs nager si près que je suis tétanisée à l’idée que si je bouge, les coraux et moi on va s’endommager les uns les autres: moi avec mes palmes, eux avec leur profil coupant. Alors je ne bouge pas. Je n’en ai pas la place, et de toute façon j’ai le Polonais qui me sert de moteur (bon plus tard Adree me révèlera qu’il n’était pas censé être mon « moteur » et qu’il attendait juste  que je nage.. ben moi je n’pouvais pas!). Oui ce que je vois est beau, mais je n’arrive pas à en éprouver du plaisir. J’ai du mal à voir ce qu’il y a en face de moi puisque je ne peux pas lever la tête, donc je vois principalement le sol. Bon, au bout d’un moment je n’en peux plus et demande à remonter sur le bateau. Quel soulagement! Un quart d’heure plus tard la séance se termine et Adree et le Polonais me rejoignent. Adree s’étant senti comme un poisson dans l’eau, il aura eu l’occasion de battre d’un mètre son record de plongée (soit 18 mètres!) mais cette fois-ci avec des bouteilles… Il est content mais finalement il préfère la légèreté de la plongée en apnée. Mais on n’a aucun regret: au moins on sait tous les deux à quoi s’en tenir!

Sur la route du retour on s’arrête dans un centre de reproduction de tortues. Très modeste, le centre ne compte que quelques bassins sommaires mais les tortues sont magnifiques!

La semaine touche à sa fin et il est temps pour nous de retourner sur Bali. Tonton nous accompagne jusqu’au port, qui n’est pas le même que celui par lequel on est arrivé. N’ayant pas de voiture, le trajet est folklorique (et stressant, bah oui): Adree conduit un scooter, avec derrière lui le fils aîné de Tonton, en ayant son petit sac à dos entre les jambes, tandis que Tonton me conduit, avec mon petit sac à dos et le gros sac d’Adree entre les jambes, et moi portant mon gros sac à dos sur le dos . Tonton nous a innocemment donné les tarifs pour rejoindre Sanur: 75 000 Rp par personne. Ca tombe bien, c’est tout l’argent liquide qu’il nous reste! Car oui, une fois de plus, le seul distributeur de l’île n’a pas voulu de notre carte bleue! Cette fois-ci on aurait été bien embêté si l’on était resté plus longtemps chez Tonton… sans pouvoir payer!? (puisqu’on a payé à la fin du séjour) On remercie Tonton, et son fils avec un petit billet pour sa bravoure, et je vais au guichet acheter nos billets. Le type qui est là me demande sans ciller 600 000 Rp. What? Je pense avoir mal compris (enfin non pas vraiment, mais bon), il répète, et je lui dit alors que je sais que le prix est 75 000 par personne. Il me brandit alors un beau prospectus imprimé et me montre un tableau où il est clairement et simplement écrit que le prix pour les locaux est 75 000, et pour les touristes, 300 000. Je reste coi. La différence est trop importante pour être acceptée, mais la discrimination semble officielle. Mais en plus pour le coup, on n’a pas assez d’argent! Je proteste, dis que ce n’est pas juste, demande des explications. Il me demande alors d’où je viens, je lui réponds. Et là il me sort simplement:

– En Europe vous avez le dollar. Vous êtes riches.

Une phrase terrible! Je n’ai pas le temps de philosopher là-dessus, mais je lui apprends qu’en Europe on a l’euro, que non je ne suis pas riche, que le dollar c’est aux Etats Unis et que même là-bas, tous les gens ne sont pas riches. Evidemment mon discours est inutile et sonne ridicule. Evidemment il ne veut rien savoir, je suis touriste, je dois payer le prix pour les touristes. Je ne peux pas l’en blâmer, mais il se trouve que même si j’acceptais de payer ce prix-là, je ne le pourrais pas! J’ai alors l’idée de ramener Tonton, en espérant qu’il soit toujours là. Il s’apprête à partir, mais surpris par ce que je lui dis, il va parler au guichetier. Quand il revient il est énervé, apparemment il ne connaissait pas cette tarification spéciale. Et lui non plus ça ne lui plaît pas.

– C’est pas normal! C’est pour tout le monde pareil!

Il nous dit de le suivre à un autre point de vente, un peu plus loin, et il va directement au guichet. Je me dis alors qu’il va peut-être acheter les billets à notre place, mais non, il nous montre du doigt. C’est mort. Il revient vers nous dépité: « Je suis désolé, vous devez payer le prix touriste ». Il pourrait s’en aller mais il reste là à écouter ce que disent les gens qui attendent le bateau. On est dans une impasse. On ne peut pas rester une nuit de plus (ce qui ne servirait à rien de toute façon) et on a juste assez d’argent pour payer le tarif normal, qu’on nous refuse. On ne peut pas rester et on ne peut pas partir. Alors on fait quoi ? Adree essaie d’aller parler au guichetier pendant que j’explique l’histoire du distributeur à Tonton, qui pour le coup n’a pas l’air de me croire. Et puis j’entends encore le guichetier dire qu’on doit payer le tarif touriste parce qu’on est riche. Et cette phrase m’accable.

Ca me désole parce que oui, on peut être considéré comme riche ici, alors que dans notre pays on fait partie de la classe moyenne. Ca me désole d’avoir cette étiquette à cause de mes origines, de mon physique d’Européenne. Et ça me désole d’autant plus que c’est faux: les seuls biens que l’on possède sont nos sacs à dos et ce qu’ils contiennent. Quand à notre compte en banque, on s’apprête à entrer en Australie avec la somme recommandée pour une personne alors qu’on est deux (mais bien entendu cette somme est énorme pour un Indonésien!); et c’est là tout le problème de cette situation inextricable.

On leur dit que si les touristes ont vent de cette discrimination, ils n’aimeront pas ça et ne reviendront jamais. Le gars du guichet en appelle un autre, qui arrive avec tout un groupe. Je me dis qu’on va peut-être nous arrêter. Puis je me demande s’il y a seulement une police sur cette île. Ils discutent entre eux, nous regardent de travers, ils ne doivent pas croire un traître mot de ce qu’on raconte. Je sors nos derniers billets, montre mon porte-monnaie vide, on retourne nos poches vides. Je répète que le distributeur n’accepte pas notre carte bleue. Adree prend l’argent et retourne au guichet et dit aux deux hommes:

– On n’a pas plus d’argent. On peut payer le tarif normal, s’il vous plaît, donnez-moi deux billets pour Sanur.

Et là, je n’y croyais plus, j’entends l’homme répondre:

– D’accord, je fais une exception pour vous. Mais c’est juste pour cette fois.

Et là dans un timing parfait le bateau arrive! On remercie encore Tonton pour son aide mais il reste penaud. On enlève nos sandales pour marcher dans l’eau jusqu’au bateau, et tout le monde dépose ses chaussures dans une caisse. Une demi-heure plus tard on arrive à Sanur. Les premiers passagers à descendre prennent la caisse et la déposent… dans l’eau. Si Adree avait gardé son calme jusquelà, c’est à son tour de péter un plomb. Les autres se marrent, mais nos sandales de marche sont très importantes pour nous et on espère juste qu’elles vont vite sécher et ne pas s’abîmer… Le temps de trouver et comparer quelques guest houses et on se pose pour deux nuits. On se relaxe, on pense à l’Australie qui nous attend. Bali, peut-être plus jamais, merci. L’Indonésie on reviendra, on en a vu trop peu; mais pour l’instant, stop. La chaleur, la fatigue, les galères et peut-être tout simplement ces sept mois en Asie sont arrivés à bout de notre patience. On a un réel besoin de voir autre chose. Et ça tombe bien, quelque chose de totalement différent nous attend.

Le 23 mai 2015 on pose les pieds en Australie.

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3 Comments

  1. Après un séjour idyllique dommage que vous ayez eu tous ces soucis pour repartir, encore que vous y êtes arrivés ! C’était mal partis ! J’ai bien aimé l’expérience de la plongée pour un poisson c’est pas normal Claire …… Le passage du courant qui vous emportait à dut être très éprouvant !! Une belle petite île que vous recommandez donc ?

  2. Un récit captivant pour une belle histoire dans un décor de carte postale avec des aléas parfois risqués. Les photos donnent des envies de voyages…Claire a bien assimilé la gestuelle de l’étoile de mer dès sa première plongée!
    Enfin la remontée du temps s’accélère pour des nouvelles plus fraîches.

  3. Cette destination fait vraiment rêver !

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