Les volcans de Java

Pour nous, le principal attrait de l’Indonésie était ses volcans et ses dragons de Komodo. Pour les dragons, on reviendra. Mais pour ce qui est des volcans… Parmi la multitude que compte le pays, nous avons choisi le mont Bromo et Kawah Ijen.

Le mont Bromo au lever du jour

Toujours en activité, il se trouve à l’est de l’île de Java. Il culmine à 2300 mètres d’altitude, avec un cratère de 800 mètres de diamètre et 200 mètres de profondeur. Son nom vient du dieu créateur de l’hindouisme, Brahma.

La route est longue jusqu’à Cemoro Lawang, le petit village le plus proche du volcan. Parti vers 8 heures de Yogya, on n’arrive qu’à 19h30 à Probolinguo, où l’on doit changer de mini bus. On nous fait patienter dans le bureau de la compagnie. Un homme nous dessine un plan pour nous situer par rapport au volcan et aux différents hôtels. Dans le groupe, on est les seuls à ne pas avoir de réservation. L’homme propose un transfert en jeep des hôtels au volcan, mais je me suis renseignée avant et je sais que ce n’est pas nécessaire, surtout que l’on compte aller à l’hôtel le plus proche du volcan, comme le Café Lava par exemple. Le mini bus dépose chacun devant son hôtel. En cours de route, surprise! Nous voilà à un péage! Impossible d’y échapper, il nous faut payer 10 000 Rp chacun… On arrive finalement au bout de la route, à Cemoro Lawang, le point de départ officiel pour le volcan, devant l’hôtel Café Lava. On demande les prix à l’hôtel où on nous répond qu’il ne reste plus que des chambres à 400 000 Rp la nuit…soit deux fois trop chères pour nous (donc un conseil: réservez à l’avance!) Il commence à être tard, il fait nuit et il n’y a pas un chat dehors… Le chauffeur du van qui nous voit ressortir de l’hôtel vient vers nous et nous dit que si on cherche un endroit pour dormir c’est trop tard, tout doit être complet… Mais il a une chambre à nous proposer, si on veut! Evidemment… Il nous emmène quelques mètres plus bas, ouvre une porte. On visite deux chambre, eau froide, 300 000 Rp la nuit… il s’embête pas! Surtout que la nuit va être courte puisqu’il faut voir le soleil se lever sur le volcan… On voudrait rester deux nuits, pour avoir le temps de récupérer justement. Un autre homme est apparu, et voilà nos deux cocos durs en affaires. En même temps ils savent bien qu’on ne va pas dormir dehors! On finit par conclure à 250 000 la nuit pour deux nuits. Du coup les voilà qui veulent maintenant nous vendre le trajet en 4×4 jusqu’au volcan…on arrive tant bien que mal à s’en débarasser…et à enfin se coucher. A 4 heures,le réveil sonne; la nuit a été fraîche et courte, mais le volcan nous attend.

L’idée est donc d’observer le lever du soleil depuis la montagne en face du volcan, puis de grimper jusqu’à son cratère. Un chemin prolonge la route goudronnée : armés de nos lampes frontales, on s’enfonce dans la nuit. Le chemin devient un sentier. On grimpe pendant près d’une heure et on arrive à une grande plate-forme. On n’est pas les premiers! Mais la foule n’est pas encore là… Marcher nous a donné chaud, mais l’attente est fraîche. De plus en plus de monde arrive, jusqu’au classique groupe de touristes Chinois.

C’est l’heure, tout le monde s’affole et joue à « qui c’est qui a le plus gros »… appareil photo. Attention les yeux. Un magnifique spectacle s’offre à nous, le volcan, superbe, apparait comme par magie. Ca se bouscule sur la plate-forme. Une vendeuse est venue installer son stand, je lui achète des nouilles instantannées et du thé pour nous réchauffer. Mais le spectacle en valait la peine.

Un peu plus tard dans la journée, le temps est menaçant, mais comme on s’en va le lendemain, pas le choix: on part à l’assaut du cratère fumant. Alors attention! Si vous passez par l’entrée soit-disant officielle, on vous demandera de payer 270 000 Rp par personne! Somme totalement exhorbitante. On a préféré passer par un chemin de traverse, juste derrière l’hôtel Café Lava et le péage. Il est très facile de rejoindre la route qui mène à la plaine du volcan et au volcan lui-même à pieds! (On oublie donc le 4×4 si on tient sur ses deux jambes) Le temps orageux rend le décor encore plus impressionnant. Et puis soudain le tonnerre gronde et la pluie se met à tomber! On court jusqu’au temple qu’on aperçoit de loin, mais point d’hospitalité religieuse, tout est fermé. On s’abrite alors tant bien que mal sous un bout de toit… Pas très loin, une tente qui fait office de buvette accueille déjà tout un groupe redescendu précipitement du volcan. On attend. Deux 4×4 viennent chercher le groupe. On attend encore. On ne peut pas se résigner à partir alors qu’on est si près du but! On s’approche encore un peu en s’abritant dans les toilettes. On attend plus de deux heures! On n’y croit plus… Et puis après la pluie, le beau temps… Notre persévérance a payé, le ciel se dégage et le soleil réapparait enfin! Et notre chance, c’est que nous sommes maintenant les seuls sur le site. On découvre en prenant de la hauteur que la pluie a saccagé la plaine, creusant des cours d’eau un peu partout… Le paysage est incroyable, avec des couleurs qui ressortent joliment. Des hommes nous proposent l’ascension à cheval mais on accède au cratère par un escalier. Enfin arrivée au sommet, mon cri d’admiration se transforme en surprise et dégoût: on a droit à une vue sur une belle porcherie dans le cratère du volcan! C’est aberrant. Enfin, on essaie de faire abstraction du plastique et on profite de la vue sur la cheminée de fumée et la plaine. Quelques instants plus tard, une famille avec un guide nous rejoint, il est l’heure pour nous de redescendre! On met plus de temps qu’à l’aller puisque la pluie a tout détruit et l’eau coule de partout…finalement on rentre dans le noir.

Le Kawah Ijen à la lueur de ses flammes bleues

Après une nuit complète cette fois-ci, on se prépare à repartir pour Probolinguo. Il nous faut attendre que le van soit plein pour partir. Par chance nous ne sommes pas les seuls, mais finalement le chauffeur veut plus que remplir son van: on se retrouve à 12 pour une capacité de 9! C’est donc serrés comme des sardines que nous prenons la route. On fait la connaissance de plusieurs Français et d’un couple d’Argentins. Déposés à la gare routière, on prend le car pour Banyuwangi (100 000 Rp par personne) avec les Argentins et deux cousines Françaises, Lilas et Julie. A Probolinguo, il nous faut un taxi-bus pour rallier l’hôtel que cette fois-ci nous sommes les seuls à avoir réservé. Comme on s’entend bien, on reste groupé pour payer le taxi moins cher et même négocier le prix des chambres. Le lendemain matin nos chemins se séparent: certains veulent louer un 4×4 avec chauffeur pour aller jusqu’au Kawah Ijen, d’autres veulent rester une nuit de plus… Nous on a réservé une guest house en pleine campagne. C’est d’ailleurs notre hôte qui vient nous chercher. Il passe récupérer sa fille et ses copines à l’école. Elles sont tout impressionnées de nous voir.

Vieux de près de 2600 ans, le volcan Kawah Ijen est toujours actif (dernière éruption en 2002). Situé à 2386 mètres d’altitude, son nom signifie « cratère vert » en javanais. Une couleur dûe à son lac acide, le plus acide de la planète! De son cratère est extrait du souffre, exploité par les habitants depuis des décennies. Sa notoriété est dûe en grande partie à ses flammes bleues que l’on peut voir la nuit. La guest house (119 000 Rp la nuit) se trouve au milieu des champs. La maison ne paie pas de mine mais l’intérieur est correct. On part faire un tour dans la campagne environnante. Il y a quelques boui-boui, des champs et une rivière. Tout est paisible! Niveau nourriture le choix est limité: nouilles instantannées pendant deux jours! On essaie de se coucher tôt car le départ se fait à 4 heures du matin.

Pour 350 000 Rp par personne (à partir de 4 personnes, sinon pour deux personnes cela revient à 600 000 Rp/personne), un chauffeur-guide nous emmène jusqu’au volcan (une bonne demi-heure de route) et fournit torches et masques de protection. Un bon rapport qualité-prix d’après les offres que j’avais pu comparer, et les retours de clients. Ce volcan est très touristique et toutes les arnaques sont possibles! Ne pensez pas faire une affaire en choisissant un tour moins cher avec des masques en papier, voire sans masque. Vous ne pourrez pas descendre dans le cratère! Même avec nos masques il était difficile de rester longtemps!

On est cinq dans la jeep. A l’arrivée un péage, on nous laisse passer sans ciller, connaissant sûrement notre chauffeur. Le prix est soit-disant inclu dans le tour…mais si vous choisissez de venir par vos propres moyens, où juste avec un chauffeur, il vous faudra payer. L’ascension commence. La lune nous éclaire, nous et tous les autres touristes… Si nous étions seuls pour le mont Bromo, ici il n’en est rien. L’ascension n’est pas vraiment difficile, mais on entre dans une sorte de course inconciente avec les autres groupes, se dépassant à tour de rôle. On est quand-même obligé de s’arrêter pour attendre notre guide, qui, à notre grand étonnement, n’en mène pas large. Ancien mineur, il a fait ce trajet pendant dix-sept ans, creusant le cratère pour y extraire le précieux souffre, puis le transportant sur son dos sur le trajet du retour (jusqu’à 80 kilos…). Il a eu la chance – car ne pas être mineur est une chance – d’être recruté comme guide par le propriétaire de la guest house, depuis cinq ans. Au fur et à mesure qu’on s’approche du sommet, une légère odeur de souffre commence à se faire sentir, notre guide nous invite à metre nos masques. Lui n’en a pas et n’en veut pas. On commence à croiser des mineurs (sans masque) qui vont en sens inverse avec leur lourde charge et leurs…tongs! Certains prennent le temps de nous proposer à la vente des figurines sculptées dans le souffre (pensez que si vous devez prendre l’avion, votre petit souvenir risque d’être confisqué).

Nous voilà enfin avec le cratère à nos pieds. Il y a foule ici, c’est incroyable! On s’apprête à descendre et pour cela on passe une barrière avec une tête de mort… Panneau peu rassurant et un poil moqueur étant donné tout le business qui se fait autour de ce cratère, et évidemment tous les mineurs qui y travaillent sans aucune protection. On entame la descente dans les éboulis de pierres, et pour le coup notre guide a une vraie fonction car il nous indique le chemin le plus praticable. Quand on croise un mineur, on essaie de se faire tout petit pour ne pas gêner sa progression. L’air est de plus en plus piquant, nos yeux cherchent les fameuses flammes bleues. Après une bonne vingtaine de minutes nous voilà au coeur du volcan. Effectivement, on peut maintenant voir des lueurs bleues par-ci par-là, mais pas énormément non plus… Il y a un peu de vent, et au bout de quelques minutes l’air est irrespirable. Le guide nous dit de nous mettre le plus près possible du sol. Les yeux pleurent et la gorge pique. On résiste quelques instants puis on bat en retraite, laissant Adree prendre courageusement des photos. A mi-chemin on croise plusieurs Français, dont un jeune couple qui nous dit  avoir payé 800 000 Rp chacun ! Et ils n’ont ni guide ni masque… J’avoue, j’ai ri. Eux beaucoup moins.

Le soleil s’est levé et on est censé apercevoir le lac depuis le sommet. Manque de chance ce jour-là les nuages se confondent avec la fumée du volcan et on ne voit rien! On voudrait attendre un peu que ça se dégage, mais une fille du groupe est pressée de rentrer parce qu’elle a un train à prendre! Pourquoi même quand les gens paient pour voir quelque chose ils sont toujours pressés? On laisse le groupe prendre de l’avance. On aurait aussi aimé marcher autour du cratère, profiter un peu plus avant de repartir… On finit par les suivre quand soudain, une éclaircie! Adree fait vite demi-tour pour essayer de prendre le lac en photo…

Sur le chemin du retour tout le monde dort dans la jeep. Comme pour Bromo on est les seuls à avoir choisi de rester deux nuits. Toujours cette course sans même dormir! On dit donc au revoir à Lilas et sa cousine, et on fait connaissance avec les nouveaux arrivants, Karol et Ana, un couple de Polonais, un couple de Suisses et un couple de Belges très sympas. On passe la journée à se reposer et à discuter avec Supri, un autre guide de notre âge. On parle de nos pays respectifs. Supri aussi a été mineur quelques temps avant de travailler comme guide. Il est très reconnaissant envers le patron et lui porte beaucoup de respect. Il aimerait voyager lui aussi. Il voudrait que son fils ne soit pas obligé d’être mineur.

Le lendemain, le groupe rencontré la veille revient enchanté de leur expérience au volcan. Ils étaient avec Supri, et ils sont restés trois heures de plus que nous! Mais surtout, eux ils ont pu apprécier la vue sur le lac… C’est nous qui sommes verts. Tant pis…à chacun son expérience!

Il est temps pour nous de quitter l’île de Java pour la célèbre Bali.

Coordonnées de la guest house pour le mont Kawah Ijen:
Kampung Osing
Ling Watu Ulo
RT 02/RW 02
Banyuwangi, 68431

Vous pouvez les contacter (en anglais) par téléphone: +6287852738711 ou par e-mail: kampungosing@gmail.com

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One Comment

  1. Une nouvelle fois, un régal à la lecture par les écrits bien émotifs et instructifs et par les clichés tout autant.

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