Yogya

Pour nous rendre à Yogyakarta (depuis Jakarta), on achète nos billets de car à la gare de Rawamangun.

Cette fois-ci on y va en prenant un van, à un prix imbattable. Plus rapide que le tram et bien moins cher qu’un taxi, c’est le bon compromis. Reste à savoir quel numéro prendre et où l’attendre… Le terminal de Rawamangun n’a rien d’une gare routière: un terrain vague et des abris en taule… Si quelques autocars n’étaient pas alignés devant, on n’oserait pas s’y aventurer. Il nous faut batailler pour arriver à un prix que l’on pense raisonnable pour notre trajet: 170 000 Rp par personne. On part le soir, l’espace est réduit, la nuit est longue, la conduite effrayante. Au bout du calvaire, la ville de Yogyakarta.

La ville au nom piège. Elle se prononce « djiodjia », tout simplement! (« karta » signifie « ville ») Yogya, donc, environ 400 000 habitants, est connue pour être le centre de la culture traditionnelle et de  l’art classique javanais. Comme on n’a plus notre ami Internet, on n’a pas pu réserver de guest house en avance, alors j’attends Adree qui part racheter du crédit. Je regarde les gens évoluer dans la rue. Maintes fois des tuk-tuk me proposent leurs services – enfin, ils me demandent  directement où je vais. Et pour le coup, je ne sais vraiment pas!

Un vieil homme attire mon attention. Il marche vers moi, doucement. Je le regarde, attendrie: il a le visage le plus ridé que j’ai pu voir! Arrivé à mon niveau, il tourne la tête vers moi et me sourit. Et quel sourire! Ses yeux ont disparu et son visage n’est plus qu’un pli immense, allant d’une oreille à l’autre. Cet homme m’a bouleversée, et je le revois encore, sept mois plus tard.

La connexion retrouvée, on réserve une nuit à la Dhaup Guest House, car à 299 000 Rp (environ 20 euros) c’est trop cher pour nous mais il n’y a plus de disponibilité ailleurs. On a du mal à la localiser, et finalement on n’a pas un établissement de plus haut standing comparé à d’habitude! Les douches sont communes et à l’écart – il y en a même une qui donne sur la cuisine des proprio… Bref, on se repose et on book une deuxième nuit dans une autre guest house à moitié prix. Le lendemain on déménage donc à la Ndalem Mantrigawen guest house. Notre hôte nous donne une carte de la ville. On est très bien situé, proche d’un arrêt de bus et du palace du sultan! Malheureusement, ce dernier est fermé. On commence à se balader lorsqu’un homme nous interpelle et nous demande si l’on veut visiter un atelier de marionnettes. On se méfie un peu de ce genre d’invitation qui peut tourner au piège à touristes, et puis il nous montre une pancarte qui propose une visite gratuite de l’atelier. On le suit. L’atelier est rempli de pantins et autres marionnettes juchés sur des pics. Un jeune homme nous explique brièvement l’histoire de ces marionnettes, dont les différents visages et couleurs ont autant de significations. Evidemment à la fin il nous propose d’en acheter. On refuse poliment. Notre rabatteur revient à la charge et se fait insistant; on se dit alors qu’il doit toucher un billet sur les ventes. On essaie de lui expliquer qu’on a pas la place d’en acheter parce qu’on voyage en sac-à-dos mais il ne nous écoute pas, et on se quitte sur une déception commune.

On poursuit notre balade au hasard. Un vieil homme commence à nous taper la causette. Il nous demande si on est déjà aller voir le Borobudur, mais on lui répond qu’on ne compte pas y aller (20$/personne). Alors il nous propose de le suivre jusqu’à l’ancien château d’eau, ce qui nous permet d’avoir une belle vue sur le volcan Merapi. On continue la visite avec lui jusqu’à la mosquée souterraine, dans le quartier de Taman Sari. Le vieil homme ne nous lâche plus; on commence à se poser des questions. Lui nous demande si on a déjà goûté au café Luwak. On ne connait pas du tout, honte à nous; alors il propose de nous emmener dans un petit restaurant pas cher où l’on pourra en acheter. On est encore plus méfiant, mais comme de toute façon c’est l’heure de manger, on le suit. Arrivé au restaurant, on vérifie qu’il y a bien un plat végétarien et les prix affichés. L’occasion de goûter pour la première fois au gado-gado, plat végétarien traditionnel (une sorte de salade composée avec une sauce à la cacahouète). Finalement le vieil homme s’en va, et le restaurateur s’assoit avec nous pour nous parler du fameux café Luwak.

Au milieu du XVIIIe siècle, quand l’Indonésie était encore une colonnie néerlandaise, les plantations de café se sont développées sur les îles de Java et Sumatra. Mais il était interdit aux fermiers et aux employés de cueillir le café pour leur usage personnel. Ces derniers s’aperçoivent qu’une espèce de civette, appelée « luwak », mangent les fruits des caféiers. Elles digèrent la pulpe, mais pas le noyau qui se retrouve dans leurs excréments. Ils ont alors l’idée de les récupérer et de les nettoyer. Ils les font griller puis les moulent. La pratique finit par se savoir par les propriétaires des plantations. Tous sont séduits par le goût, et du fait de son processus d’élaboration et de sa rareté, il est cher, même à cette époque.  En 1995, le café Luwak reçoit le prix Ignoble (mix de Nobel et ignoble), parodie du prix Nobel, décerné chaque année à des réalisations qui font d’abord rire les gens, puis les font réfléchir. Bref, le kilo de Luwak vaut parfois jusqu’à 1 000 dollars américains!

Ici la tasse nous est proposée à 25 dollars… quand on sait que ce jour-là le gado-gado qu’on a mangé a coûté l’équivalent de 1,40 dollars, cette tasse a un tarif exhorbitant! Voyageant sur une longue durée, on s’ajuste au niveau de vie de chaque pays, et nous n’avons donc pas  goûté au fameux breuvage. A côté de nous, une civette en cage. La pauvre bête nous fait un peu de peine; voyant qu’on s’y intéresse notre hôte la fait sortir pour la mettre sur ses épaules, et telle une attraction touristique, il force la main à Adree pour en faire de même.

yogyakarta at nightOn décide d’aller se renseigner à la gare routière sur le moyen d’aller jusqu’au volcan Bromo. J’avais lu qu’un bus local y allait pour un prix très intéressant. Malheureusement on perd tellement de temps à attendre les différents bus de ville, qu’une fois arrivé à la gare il fait nuit et la plupart des stands de compagnies de cars sont fermées, et les autres nous proposent des prix trop élevés. On rentre donc bredouille à la guest house. Du coup on demande à notre hôte ce qu’il a à nous proposer. Et le choix est grand! Plusieurs formules allant du transport seul à l’ hébergement sur trois jours. On se contente du transport seul, en se disant que le prix des hôtels doit être moins cher sur place. Le départ est prévu pour le lendemain matin à 7h30, avec pick-up à la guest house (180 000 Rp/pers.)

A nous le mont Bromo!

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2 Comments

  1. que de découvertes !!! l’aventure c’est l’aventure vous êtes vraiment courageux !!!!!

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