Notre entrée au Cambodge

Après une semaine de détente sur l’île de Phu Quoc, au Vietnam, voilà que notre prochain changement de pays nous stresse un peu. En effet, on ne compte plus les retours négatifs, voire presque traumatisants, de voyageurs voulant entrer au Cambodge. Ca va de 10$ de back-chich forcé à l’engueulade par le douanier pour ceux qui résistent, avec la demande express d’une lettre d’excuses pour outrage !! Un conseil revenait souvent: surtout garder son calme, et apparemment si vous refusez la corruption avec le sourire, on vous fait attendre sur le côté le temps que les autres voyageurs soient partis…pour vous laissez passer gratuitement !  Bref, on s’est dit qu’on allait en chier.

On prend un billet combiné: bateau Phu Quoc – Ha Tien + bus jusqu’à Kep (18$), afin d’avoir plus de chances d’entrer dans le pays ! Au port de Ha Tien, un bus nous attend et nous emmène en ville. Il nous arrête devant une agence où l’on nous dit qu’on repart dans une heure avec un van. Une vieille dame donne des instructions, et entendant parler français, elle nous salue dans notre langue, qu’elle parle d’ailleurs très bien. Et puis elle nous demande nos passeports, nos carnets de vaccinations… et nous dit qu’elle va s’occuper de nos visas pour nous. On la prévient qu’on a déjà nos visas et que de toutes façons on préfère faire les démarches nous-mêmes (faites toujours le maximum de choses vous-mêmes pour éviter les arnaques). Elle voit qu’on se méfie.

– Ne vous inquiétez pas, c’est gratuit. J’en ai marre de voir les touristes se faire avoir et payer, payer… Je m’occupe de tout ! En plus vous passerez la frontière plus vite.

Son discours nous surprend, c’est le moins qu’on puisse dire; mais elle nous parait sincère. On lui laisse nos papiers. Quand le van arrive, on est une dizaine à s’entasser. Quelques minutes plus tard, nous voilà au poste frontière. Un homme nous prend en charge, et on attend avec lui. On attend trois heures.

On ne sait rien, ni où sont nos papiers, ni pourquoi on attend. Notre homme fait de continuels va-et-vients entre ce poste frontière et celui de l’entrée au Cambodge (enfin c’est ce qu’on suppose) avec une pile de passeports dans les mains. Il fait très chaud. On voit défiler les touristes au guichet. Et nous on attend toujours. Ca sera d’ailleurs notre plus longue attente à un poste frontière ! On a le temps de remarquer que le prix annoncé sur un panneau est de 45$ ! Alors que nous avons payé 30$ à Ho Chi Minh (le prix ayant augmenté de 5$ depuis janvier 2015). Finalement on voit débarquer la vieille femme, on essaie de savoir ce qui se passe mais ca reste flou. Elle nous dit enfin que c’est bon, on se regroupe et on la suit à l’extérieur. On nous rend nos papiers, notre visa est bien tamponné ! Pas le temps de demander quel vaccin a été vérifié (à notre connaissance, aucun n’est obligatoire pour le Cambodge. Pour en savoir plus sur les vaccins qu’on a fait, cliquez ici). On monte dans un bus, et on s’en va enfin.

Ce passage de frontière a vraiment été particulier, puisque nous n’avons pas vu les douaniers qui ont quand-même validé nos visas… On n n’avait pas eu de retour d’expérience similaire. On a sûrement eu de la chance de tomber sur cette dame qui nous a éviter de possibles complications, même si l’attente a été interminable. Bref on est rentré dans le pays… sans se présenter au guichet !

Le bus traverse Kep et nous dépose au hasard. Il nous faut marcher pas mal pour arriver à notre guest house. Pas l’ombre d’un distributeur, on n’a donc pas d’argent; bonne excuse pour refouler les tucs-tucs qui nous accostent. L’atmosphère est quand-même beaucoup plus calme et reposante qu’au Vietnam. On longe le bord de mer. On arrive à ce qui parait être la place principale du village, et on trouve enfin un distributeur. Et là, surprise: nous voilà les poches pleines de dollars !

En effet, il faut savoir qu’au Cambodge, deux monnaies ont cours: le riel et le dollar ! 1$ = 4 000 riels. Les riels sont utilisés pour les centimes, par exemple; mais pas toujours: tout dépend où vous payez. Dans les petites boutiques ou bouis-bouis, on ne vous parlera qu’en riels. Un exemple: vous devez payer 1,50$. Vous pouvez donner 1$ et 2 000 riels, ou 6 000 riels ! Pour les grosses sommes, il sera plus commode de payer en dollars. Au début ça fait un peu peur mais une fois qu’on a l’habitude, c’est très simple.

Régime riz-carottes-coca

On finit par arriver à notre guest house, où Chris nous accueille avec une sympathie et un professionnalisme que l’on remarque rapidement et apprécie vraiment. Sa guest house est en train de s’agrandir, mais l’endroit est au calme et a beaucoup de charme (plus d’infos ici). Heureusement qu’on y est très bien: à partir du lendemain, on reste au moins trois jours cloué au lit (et aux toilettes…) plutôt dans un sale état… première fois aussi violente pour nous ! Heureusement qu’on a un médicament « miracle » prescrit avant de partir : il nous remet efficacement sur pieds.

Une fois bien rétabli, on loue un scooter pour visiter rapidement et rattrapper le temps perdu. Direction la ferme aux papillons. L’entrée est gratuite et il y a vraiment de beaux spécimens à admirer !

On continue ensuite notre route pour visiter une plantation de poivre. La région, et surtout la ville voisine, Kampot, est connue pour son poivre noir, rouge, vert ou blanc. La couleur dépend de la maturité du poivre, et donne bien-sûr une saveur différente.

Le poivre vert est le poivre jeune, frais, récolté d’octobre à décembre. Le poivre noir est presque arrivé à maturité, les grains sont séchés au soleil: note florale et goût épicé. Le poivre est arrivé à pleine maturité, la « peau » est rouge: note puissante et saveur très fruitée. Le poivre blanc est le poivre rouge débarrassé de son écorce et séché au soleil: note de « terre » et saveur plus vive.

On suit le manager à travers les allées. C’est bête, mais on ne s’était jamais demandé comment le poivre poussse !

Il nous invite ensuite à boire une noix de coco fraîche. On a déjà eu l’occasion d’en boire au Vietnam (le vendeur de rue nous avait d’ailleurs bien arnaqués!), et moi qui n’aime pas la noix de coco, j’adore le jus ! Adree aussi bien-sûr !

Comme il n’y a pas d’autres visiteurs, notre homme s’assoit avec nous et tape la causette. On apprend que le propriétaire des plantations est un Américain, mais qu’à la base ce sont ses terres, à lui: c’est la fameuse loi du partenariat étranger/local. En Asie, beaucoup d’étrangers achète des terrains ou de petites entreprises en restant lié au propriétaire ou en tout cas à une personne du pays par un contrat de partenariat: ils travaillent ensemble. Comme avec cette plantation de poivre, le propriétaire apporte son bien et l’étranger apporte l’argent pour faire tourner l’affaire. On lui a demandé si c’était une bonne chose que des étrangers viennent racheter la moitié des propriétés. Il nous a répondu que oui, car les étrangers ont les finances qui leur manque. Et que son Américain est sympa. Il nous dit aussi que des jeunes de tous pays viennent aider et apprendre avec lui; on comprend une sorte de HelpX car ils sont logés sur place. Il nous pose ensuite des questions, on lui raconte qu’on a traversé la Russie et du coup il enchaîne sur les Russes au Cambodge, il dit qu’il y a une grosse mafia autour de la drogue et de la prostitution avec des rafles d’enfants… Apparemment les mafieux ne sont pas plus inquiétés que ça…

Il est temps pour nous de repartir, on est ravi de cette rencontre, un peu moins de ce qui s’y est dit.

On se dirige vers les grottes de Kompong Trach (1$). Alors que l’on cherche l’entrée, toujours en scooter, une fillette à vélo vient à notre hauteur et commence à nous parler en anglais. On la trouve trop mignonne, on lui répond avec plaisir, et puis quand-même, c’est incroyable qu’une gamine de son âge parle si bien la langue de Shakespeare ! En voilà une autre qui débarque, à vélo aussi, et commence à nous poser les mêmes questions qui au début nous paraissaient innocentes (« what’s your name? Where do you come from ? Do you want to visit the caves ? ») On finit par les trouver un peu collantes, et quand on arrive enfin devant l’entrée des grottes, deux ou trois autres gamins viennent se joindre à nous en nous proposant de nous guider dans les grottes. Ils apprennent donc des textes par coeur en anglais pour les ressortir aux touristes, et leur extirper quelques pièces pour leur faire la visite. Les voilà maintenant qui se disputent pour savoir qui va nous éclairer dans les grottes ! On finit par s’en débarrasser, non sans mal. Ces grottes sont particulières car elles ont des autels et minis temples creusés dans la roche.

Crêpes à base de maïs fourrées aux pousses de soja achetées en route

Au bord de la route, des marais salants. Des enfants nous saluent, main en l’air et sourire aux lèvres, quelque soit leur âge, à pieds ou à vélo.

On traverse un village au bord de l’eau. Les gens n’ont pas l’air de voir souvent des Occidentaux s’arrêter là. Un groupe d’enfants, mal fagotés et morveux, s’amusent à ramasser des fruits inconnus qu’ils font tomber des arbres à l’aide d’un bâton. Comme on vient de se garer juste en dessous de l’un d’eux, les enfants s’approchent et le plus grand (6, 7 ans ?) me demande de leur en attrapper. Il y a des avantages à être grand !

Au milieu du village (que dis-je village ? des cabanes qui tiennent lieu d’habitation) une grande tente est dressée, décorée de drapées roses et blancs: un mariage aura lieu le lendemain. Cette tache de couleur et de luxe relatif contraste fortement avec le reste.

Kep Cambodge (19)

On finit par rentrer, content d’avoir rattrapé en une journée ce qu’on avait pas pu faire les jours précédents. Prochaine étape: une nuit à Kampot (on a été malade et on est donc resté plus longtemps que prévu à Kep, au détriment de Kampot), et ensuite,

cap sur Siahnoukville et l’île de Koh Rong.

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4 Comments

  1. Un bel article très intéressant sur le Cambodge et ses habitants. Dommage que vous ayez été malades ! Pas mal la noix de coco désaltérante !

  2. Très fort encore sur cet article haut en récits et en couleurs, épicé tout.

  3. Les photos sont belles!! ça donne envie! 🙂

  4. Mais alors, votre c’est par l’eau que vous avez choppé la (***)?
    Ca fait mal de voir toute cette misère…

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