L’interview d’Emilie, expatriée en Chine

Deuxième volet de cette rubrique où nous proposons une autre vision du monde en laissant la parole aux expatriés rencontrés dans les différents pays que nous avons traversés. En fonction des rencontres et des opportunités, nous essayerons le plus souvent de vous proposer des interviews de français expatriés.

Bonjour ! Peux-tu te présenter ?

Bonjour !
Je m’appelle Emilie, j’ai 25 ans et je suis professeure de Français Langue Etrangère dans une université chinoise.

Pourquoi as-tu choisi l’expatriation ?

J’ai choisi l’expatriation parce que vis-à-vis de mon métier, c’était plus facile de trouver un premier poste. J’avais déjà vécu 3 ans à l’étranger auparavant (en Angleterre et en Finlande, d’ailleurs j’ai rencontré Claire au cours de mon deuxième séjour long en Finlande), encouragés par mes projets d’alors (travailler avec les langues) et aussi rendus possibles par les programmes mis en place en Europe (Erasmus, assistanat en Angleterre avec le CIEP, assistanat Comenius). Ces séjours ont été suivis d’une pause d’un an en France, dont j’avais besoin, pour finir mes études et passer du temps avec ma famille qui me manquait, retrouver ma maison, mes repères… Mais l’année dernière afin de finir mes études je me suis préparée à l’idée de partir pour un séjour long pour gagner plus d’expérience professionnelle.

C’était devenu comme un chemin tracé dans ma tête et je ne me voyais pas reculer et refaire un an en France sans cette coupure. J’avais aussi besoin de voir autre chose que l’Europe.
Pour cette année l’expatriation répondait donc à la fois à un besoin et à une envie.

Pourquoi avoir choisi la Chine ?

J’avais besoin de découvrir quelque chose de différent. J’étais attirée par l’Asie de l’Est et du Sud-Est, j’ai d’abord tenté deux fois ma chance avec le Vietnam, mais je n’ai pas décroché de poste là-bas. Les postes proposés dans d’autres pays comme la Thaïlande ou les Philippines ne correspondaient pas tout à fait à ce que je recherchais non plus. Dans le même temps j’essayais d’apprendre un peu le mandarin avec des amis chinois depuis deux ans, et ce pays m’intéressait de plus en plus alors qu’avant de commencer à apprendre le mandarin, je n’avais aucune attirance pour la Chine. Avant qu’une amie chinoise ne me propose de m’apprendre le mandarin, je cherchais même des cours de japonais !

Quels sont les points positifs et les points négatifs par rapport à ta vie en France ?

Les points négatifs par rapport à ma vie en France sont par exemple que l’information est difficile à obtenir. Les réponses apportées ne sont pas toujours claires, voire se contredisent, et ne pas maîtriser la langue n’aide pas ! En partie pour cette raison il est aussi difficile de bouger dans le pays (du moins quand on veut bouger par nous-mêmes), et aussi parfois parce qu’on est étranger et que les gens veulent tirer profit de nous, alors il faut marchander et parfois ça dure…
L’organisation aussi est différente, je pense qu’en travaillant on s’en rend mieux compte. Il est parfois difficile de comprendre la logique des choses et je suis souvent informée à la dernière minute de quelque chose que je dois faire. L’anticipation n’est pas vraiment présente.
Ce qui me tracasse beaucoup aussi, ce sont les problèmes environnementaux : le gaspillage (le suremballage, le jetable, quand on prend à emporter ou même dans certains petits restos), les déchets par terre, les produits toxiques reversés dans l’eau, la pollution atmosphérique, visible à l’œil nue, qui empêche parfois de bien respirer et qui encombre le nez… Et de savoir que tout ce qui est construit n’est pas de très bonne qualité et que les détails ne sont pas soignés. Les bâtiments vieillissent mal, ne dureront pas, il faudra rapidement démolir, reconstruire…

Là où je vis il n’y a pas non plus de vrai coin nature où se ressourcer, où aller courir, respirer, se couper un instant du côté urbain… Parce que la Chine compte énormément d’habitants et les villes ont beau être étalées, il y a toujours du monde, des habitations, partout. Et lorsque l’on se rend à la campagne pour respirer, il

faut payer une entrée pour accéder aux sites naturels… Par exemple pour voir les superbes montagnes de Wuyishan, un passe de deux jours coûte 20€, c’est plutôt cher pour être dans la « nature » (il y a pas mal d’aménagements) surtout par rapport au coût de la vie en Chine.  La taille des villes et le nombre d’habitants fait aussi que le temps passé dans les transports pour se rendre quelque part est très long. Il faut avoir plusieurs heures de libre devant soi pour aller juste à la banque par exemple ! Il faut s’organiser autrement, regrouper toutes les tâches à faire quelque part pour rentabiliser le temps perdu à se déplacer.

Les coutumes sont aussi différentes. Là où je vis les gens ne s’embarrassent pas beaucoup de courtoisie et de politesse. A la longue, ça devient un peu difficile. Même si je relativise, me dis que pour eux ce n’est pas mal, qu’ils fonctionnent simplement différemment, il suffit d’être parfois dans une mauvaise passe pour saturer, lorsque l’on vit ici au quotidien.
En contrepartie il y a des choses que j’apprécie ici. Ce côté moins poli qu’en France par exemple, enlève des tracas quotidiens de la tête. C’est parfois arrangeant de ne pas avoir à s’embarrasser de formules de politesse quand on n’a pas envie de parler. Il y a peut-être là-dedans un côté plus naturel, spontané, du contact avec l’autre, et même si on peut se sentir « agressé», ce côté est peut-être aussi d’une certaine manière plus pacifique : personne ne va vous faire de réflexion ou s’énerver après vous parce que vous l’avez bousculé, parce que vous ne lui avez pas dit merci ou bonjour (mais la plupart du temps je reste attachée à ces petites formules quand même!). Il y a aussi un esprit bon enfant que l’on ne retrouve pas en France.

La vie à un côté plus facile, on ne se sent pas jugé, et ça va un peu dans tous les sens, c’est un peu la pagaille ! Elle a un côté plus authentique, moins rangé et normé que chez nous.  C’est quelque chose que j’apprécie beaucoup ici, mais je crains que cette particularité ne disparaisse avec la progression du développement du pays…

Est-ce que tu penses revenir vivre en France un jour ?

Je ne sais pas encore, cela dépend des postes que je trouverai. La Finlande me manque aussi, c’est un pays tranquille, où je me sens bien, et quand on est enseignant, on a l’avantage d’avoir des vacances plusieurs fois dans l’année. Alors que je sois sur le sol français ou finlandais, ça ne change peut-être pas grand-chose car j’aurai l’occasion de faire des navettes avec ma région d’origine ! La France, ma famille, ma région me manquent, alors je ne me vois pas vivre coupée de ça. Ça va pour quelques années, au début, mais maintenant que je vis loin pendant un an sans interruption, je  ressens le besoin d’au moins faire des navettes régulières !

As-tu quelque chose à rajouter ?

Contente d’avoir pu vous recroiser et d’avoir fait partie de l’aventure AC World Tour !

Merci Emilie d’avoir pris le temps de répondre à nos questions !

Vous avez d’autres questions à poser à Emilie sur sa vie en Chine ? N’hésitez pas à les mettre en commentaire, elle vous répondra !

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One Comment

  1. Je suis allé en Chine par deux fois et je trouve ce pays fascinant mais il prend énormément de temps à visiter puisque le pays est si grand (trop grand). Heureusement que j’ai la chance de parler chinois!

    On s’y fait rapidement à la vie à l’étranger!

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