Un laborieux passage en Chine

Les jours passent tranquillement à Oulan Bator.
A l’hôtel, on se demande s’il ne serait pas intéressant de s’arrêter dans le désert au lieu de filer directement à la frontière chinoise.
Jaga notre hôte nous parle d’une zone d’énergie où les gens vont pour se ressourcer, et d’un monastère à voir à Sainshand, un peu avant la frontière avec la Chine. On se dit que ça serait intéressant à voir, et le jour de notre départ d’Oulan Bator, il nous accompagne gentiment jusqu’à la gare en voiture.
Le trajet en train dure une dizaine d’heures. On arrive à la nuit tombée, heureusement on trouve un hôtel pas très cher rapidement. Pas très cher et avec une fausse douche.

 

Le lendemain, sacs aux dos, on part à la recherche du bus devant nous emmener jusqu’à la zone d’énergie. On en aurait bien eu besoin de cette énergie ! On a perdu toute la nôtre à trouver un moyen d’y aller… Il n’y a que des taxis ou chauffeurs privés qui nous demandent autour de 50 euros l’aller-retour. Trop cher pour nous ! Où est ce foutu bus ?!
Il fait froid, un vent pas possible, on finit par se lasser et tirer un trait sur cette excursion. Retour à la case départ en passant par la gare. Il est midi.

On demande des billets pour la ville à la frontière, Zamin Ude.
Prochain train à 2 heures. Euh, 2 heures ou 14 heures ?
2 heures.
Pas trop le choix, de toute façon ça ne sert à rien de rester dans cette « ville » perdue au milieu du désert… Il ne nous reste plus qu’à attendre… quatorze heures. On se regarde. Payer une nuit d’hôtel serait ridicule avec un train si tôt. La gare est silencieuse et chauffée, on va prendre notre mal en patience. On pose nos affaires et on attend…
On mange. On lit. On attend.

Des individus errants et sentant fort l’alcool essaient de se joindre à nous mais on les décourage par notre attitude peu engageante.
Plus que dix heures.
La nuit tombe. La salle d’attente se remplit, puis se vide. Se remplit à nouveau. Devient bruyante. Beaucoup de monde, souvent très chargé, avec des cartons, des couvertures…
Ils emballent des quartiers de viande dans des cartons, à même le carton.
Plus que huit heures.
Le sablier du temps ne s’égrène pas. Il doit être bouché…
On écoute de la musique. Des petites filles nous regardent, captivées.
Plus que six heures.
Encore six heures !
On mange. La fatigue commence à se faire sentir. On est plus complètement seuls, on doit rester vigilant.
On est les seuls étrangers. Je me dis qu’on doit nous voir comme le nez au milieu de la figure.
Encore quatre heures.
Sieste à tour de rôle. Assis.
Trois heures. D’autres âmes pas fraîches viennent taper la causette. On parle à coup de « Zamin Ude ?! » puisque c’est tout ce qu’on peut comprendre les uns des autres.
Les toilettes à l’extérieur sont maintenant fermées. On craint que la gare ne ferme aussi avant que l’on parte…
Minuit passé, la gare reste ouverte. Une des guichetières a pitié de moi et m’ouvre les toilettes du personnel. Nos yeux se ferment.
Plus qu’une heure, putain.
Record d’attente et d’immobilité battu. Le train arrive comme une délivrance.

Nos couchettes nous attendent, draps ouverts, et après un bon bol de nouilles brûlantes, on sombre jusqu’à l’arrivée.
7 heures 30.
Accueillis par des « taxi ! », notre seule préoccupation est de trouver un hôtel où finir la nuit. On en trouve un à 35 000 T. On ne sait pas pourquoi mais c’est un lit une personne assez large pour deux. On cherche pas à comprendre.
On dort.
Quelques heures plus tard, ça frappe à la porte. Dans le cirage je vais ouvrir, ça réclame le paiement de la chambre. Et brandit une calculatrice indiquant 70 000 T.
Je lui réponds 35 000 et commence à me secouer les neurones au cas où il faudrait engager une joute verbale. Elle me montre 40 000.
Ca me fait pas rire.
J’explique que sa collègue m’a dit 35 000, manque de bol on n’a que des billets de 20 000 T, je me demande alors si elle va me rendre la monnaie. Elle s’en va en refusant que je la suive, j’attends puis pars la chercher… finalement je récupère ma monnaie.
J’ai plus sommeil mais me recouche.
Je me rendors et rêve qu’on veut nous arnaquer en nous faisant dormir sur le balcon.
Quand on se lève, le soir arrive. Complètement déphasé, on se rend à la gare routière mais on ne trouve aucun bus, aucun guichet… On se rabbat sur la gare ferroviaire pour prendre des billets pour Pékin, en direct cette fois. Après moult recherches, on trouche les guichets, dans un bâtiment à part, qui n’a rien d’une gare. C’est souvent comme ça en Mongolie, mais on se fait toujours avoir.
Je ne m’attarderai pas sur l’amabilité du personnel qui nous apprend qu’on ne peut pas acheter de billet pour Pékin.
On a pourtant vu qu’il y avait bien le train Oulan Bator-Pékin qui passe par là, deux fois par semaine (et qu’on devrait du coup attendre deux jours).
Rien à faire, il fallait acheter les billets à Oulan Bator, impossible de monter à bord en chemin (?!).
Autant dire qu’à ce moment-là, la Mongolie, on peut plus se la voir.
La Chine nous apparait comme la Terre Promise.
Il FAUT qu’on parte d’ici.
Et puis le super GPS d’Adree nous indique qu’on est vraiment à un saut de puce de la frontière. La nuit porte conseille, mais le lendemain, c’est sûr, on sera en Chine.

La première ville après la frontière est Erlian (ou Eren Hot).
A neuf heures du mat’ on essaie encore de trouver un bus, mais décidement la malédiction continue.
Et puis on est hêlé une fois de plus par un taxi du dimanche.
Il nous dit 30 000 T pour Erlian. On lui montre la version écrite pour être bien sûrs, on trouve le prix raisonnable, on le suit. Il a déjà une cliente à l’avant. On monte dans son 4X4 qui doit avoir cinquante ans, et on quitte la Mongolie.

On traverse un no man’s land de quelques centaines de mètres et on arrive à un premier barage. Un garde réclame de l’argent au chauffeur qui nous réclame ses 30 000.
Plus loin, deuxième barage, il commence à y avoir la queue. Notre chauffeur nous fait remplir un papier, en remplit un aussi, discute avec le garde qui regarde nos passeports.
On finit par arriver aux douanes. On sort du 4X4 en espérant retrouver notre chauffeur de l’autre côté du bâtimant, en Chine… On suit la femme qui était avec nous. On nous demande 1 000 T par personne, heureusement que c’est la monnaie qu’il nous restait !
Nos passeports sont tamponnés.
On ressort côté chinois et heureusement on retrouve la femme et le 4X4 qui fait la queue avec une vingtaine de véhicules. Ils sont si nombreux à faire des passes comme lui !

Il fait 5°C, on attend une bonne demi-heure. On retrouve un couple de Français rencontré à Oulan Bator.
Notre chauffeur arrive enfin, c’est reparti. On ne sait pas où il va nous déposer… Mais lui connait son « job » par coeur. Il nous laisse en pleine ville, sur un parking où tout le monde s’entasse.
La Chine, enfin !

Je partage sur Google Plus

4 Comments

  1. Oh punaise quoi la galère !!!!!!!

  2. Je ne suis pas certain d’être capable de faire ce que vous faites. Sincèrement. Entre les gens qui veulent vous arnaquer, la perte de repère par rapport aux monnaies locales, la perte de repères géographiques… Je crois que je pèterai les plombs!

    • Effectivement, c’est pas facile tous les jours. Sans compter qu’il faut souvent rester vigilant…

Laisser un commentaire