Une nuit chez les nomades Mongols

A six dans le van, Nick, Sarah, Ellen, Stan et nous, on se tient chaud.

Mais le van met plus de deux heures à sortir de la ville. On se demande si on va arriver un jour…

Et puis ça y est, enfin. On quitte la ville, on se retrouve au milieu de nulle part.

On s’arrête quelques instants pour assister à un rallye avec des véhicules tout-terrains (gla-gla, je suis restée dans la voiture !)

On repart, et on a l’impression d’être nous aussi dans un de ces 4×4: on a quitté toute trace de route à proprement parler. On roule sur un semblant de chemin tortueux et bossu.

On s’arrête vers 13 heures pour déjeuner. On laisse Titskie nous faire la popote (et on voit le coffre du van se transformer en cuisine, avec réchaud et tout ce qui va avec – souvenir d’Islande). On s’éloigne pour profiter du paysage.

Le silence et le désert. Comme en Islande, mais c’est un autre désert.

Ce silence… et puis soudain un bruit. Un froissement d’ailes.

Est-ce que vous avez déjà eu l’occasion d’entendre, d’écouter un froissement d’ailes ?

Un gros oiseau noir vole vers nous puis nous dépasse. Il doit être à une vingtaine de mètres du sol. Ses ailes qui battent l’air sont le seul bruit que l’on entend.

Comme dans un film où le suspense est à son comble. Tous les sons sont effacés sauf un.

Sauf que là tout est réel et naturel.

L'oiseau noir

L’oiseau noir

Je peux dire que j’ai entendu un oiseau voler.

Notre repas est copieux. Tout le monde est content, enfin presque car Titskie doit jongler entre plats végétariens et plat sans gluten pour Stan.

On reprend la route et les soubresauts. C’est beau, ça secoue. Finalement, perdu au milieu de nulle part, le van s’arrête devant une yourte ! Titskie nous dit qu’il faut demander à la famille de nomades s’ils veulent bien nous héberger pour la nuit (contre rémunération bien-sûr), car ils n’ont jamais travaillé avec eux. Quelques minutes plus tard Titskie et Baggy reviennent : on a notre toit (rond) pour la nuit !

Au moment d’entrer on enlève nos sacs de sur nos épaules car cela voudrait dire qu’on fait entrer avec nous nos problèmes ! On pénètre dans la yourte.

Il y fait bon, presque chaud. Un homme et une femme sont là, avec une petite fille au pantalon Hello Kitty et aux cheveux noirs magnifiques. On les salue et on s’assoit. Titskie nous les présente, elle nous dit que c’est la première fois qu’ils reçoivent des étrangers. Baggy s’est jeté sur un plat de viande qu’il attaque à la main comme s’il avait jeûné depuis une semaine.

Nous voyons une yourte pour la première fois. Les « murs » sont en fait une tapisserie qui cache une structure en bois. Au centre de la yourte se trouvent deux piliers. On nous informe qu’il ne faut en aucun cas passer au milieu, cela voudrait dire que nos hôtes vont se séparer dans l’année !

L’armature de la yourte est faite de poutres entrecroisées. Au sommet, le point le plus étroit, se trouve le conduit de cheminée, un long tube en ferraille.

Titskie nous prépare une soupe. Nos hôtes, elle et Baggy s’empiffrent de foie, plongeant les mains à tour de rôle à même la bassine.

Sur le côté, près de la porte, pend une masse blanche sur un fil, comme du linge étendu.

Mais ce n’est clairement pas du linge.

Je pose la question à Titskie.

– C’est du gras.

Du gras ?

– Oui du gras ! Le gras du mouton. Ils le font sécher.

Okay… Elle nous demande si on veut goûter au foie. Non merci… Adree se porte volontaire et en mange un bout. Verdict : foie faisandé et froid… Titskie lui propose de piquer un bout de gras avec, et de le passer dans le poêle, comme le feraient des scouts à la soirée chamallows d’un feu de camp.

Adree dit que c’est meilleur, mais n’en reprend pas.

En laissant traîner mon regard sur la pièce, je découvre des meubles (commode, placards) et même une télé ! Et puis… qu’est-ce que c’est là-bas dans la poubelle…la tête du mouton qui nous fixe !…

Après manger, on ressort pour assister au coucher du soleil et Adree se régale en l’immortalisant.

Puis vient l’heure de se coucher. Et cette famille, évidemment, n’a qu’une seule yourte : on va donc dormir tous les 11 ensemble et se tenir chaud ! On s’aligne en une belle brochette.

Une belle brochette

Une belle brochette

Enfin, malgré ça, la nuit est froide. Emmitouflés dans nos sacs de couchage, il faut faire en sorte que rien ne dépasse sous peine d’être frigorifié.

Au matin, on se réveille doucement. Je remercie ma vessie d’avoir tenu le coup toute la nuit, appréhendant de devoir sortir dans le noir glacial.

Il fait jour dans la yourte. Papier toilette à la main, je salue mentalement le mouton qui me regarde pousser la porte.

Je retiens mon souffle. J’ai l’impression d’être entrée dans un tableau. J’oublie le froid, le mouton, tout. J’ai un paysage incroyable devant les yeux.

L’immensité. Vallonnée, infinie. Un ciel bleu magnifique.

Et devant moi la petite cabane sans porte faisant office de toilettes.

Adree et les autres émergent de la yourte. On échange des « it’s amazing ! » puis on rentre mettre au chaud nos extrémités congelées. Notre thermomètre affiche -5°C !

Nos yeux ne peuvent s’empêcher de fixer le (finalement) petit garçon qui peine à se réveiller.

Il est tout nu.

Il finit par se lever, encore endormi. Sa mère fait mine de l’habiller mais il proteste. Il enfile ses bottes et c’est tout.

Cet enfant est merveilleux. Il a une peau incroyable compte tenu du froid et des conditions d’hygiène (pas de douche). Sa peau dorée est éclatante de santé. Il est dodu, mais pas trop. Ses joues sont immenses et rougies. Et ses cheveux noirs, tout bouclés d’avoir été attachés, sont magnifiques.

Un parfait petit d’Homme.

Il se dirige vers la porte en titubant, l’ouvre, et se retourne vers sa mère, goguenard.

On s’exclame tous en chœur « oh my god ! » et le voilà qui passe la porte.

Sa mère finit par aller le chercher, mais le coquin recommence. Titskie nous dit qu’il a à peu près trois ans, à peu près car les Mongols comptent aussi les neuf mois de grossesse dans l’âge !

Après le petit-déjeuner on accompagne la famille pour la traite des vaches. Séparés de leurs mères, les veaux sont attachés à une corde. Ils partagent le lait maternel avec les humains: quand notre hôte considère en avoir assez tiré, elle passe à la vache suivante, le veau est libéré et il se précipite sur sa mère pour téter ce qui reste à grands coups de tête dans les mamelles !

L’enfant gambade autour de nous, une pomme pleine de terre à la main qu’il porte de temps en temps à sa bouche.

Arrive le moment de partir. On remonte dans le van, le coeur impatient.

Ce n’est que le début de cette aventure.

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15 Comments

  1. on a bien aimé cette article, on a bien ris aussi !

  2. Quelle chouette rencontre !

  3. Quelle belle expérience. C’est génial que les gens accueillent aussi finalement ne vous laissant entrer dans leur intimité.

    Le garçon ne craint vraiment pas le froid lui.

    Avez-vous également fait de l’équitation dans les steppes mongoles?À ce qu’il parait, ce serait toute une expérience également.

    • Oui Rachel ca sera l’objet d’un prochain article 🙂

  4. Bravo! Riche article en commentaires, impressions, photos et…le petit film (c’est un plus !)
    On s’y croirait presque…Superbe photo de Claire avec le petit prince du désert.
    GG.

  5. Dingo quand même de recevoir six étranger comme ça sans être prévenu… Bizarre aussi, la yourte parait petite de dehors mais à l’intérieur il y a de la place. Les peintures sur leurs mobiliers me plaisent beaucoup. Et les paysages…<3

    • Oui on a bien aimé les peintures aussi !

  6. Sacré aventure ! Moi je troquerai bien le van pour un cheval !

    • Ah ça doit être pas mal aussi ! Adree serait ravi mais c’est pas trop mon truc comme on a pu le voir dans un autre article… 😉

  7. Mon reve !! la Mongolie, la yourte !!!!! Tu as vraiment beaucoup de chance !!

    • Héhé! Il n’est jamais trop tard pour y aller…
      Oui elle a de la chance, moi aussi d’ailleurs! :p

      • Effectivement vous avez de la chance bien que ce ne doit pas etre facile tout les jours 😉

  8. Un très bel article !!!!

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