La cascade de Glymur, ou comment devenir un super-héros (ou pas)

Nous quittons Akranes et sa belle plage pour notre dernière étape avant le départ: la cascade de Glymur.

Des cascades, on en a vues et revues. Des cascades visibles de la route ou cachées derrière des rochers. Des petits filets d’eau et des grands torrents de montagne. Bref des cascades, on en a vues. Mais celle de Glymur est la plus haute du pays, 196 mètres pour être précis. On ne pouvait pas rater ça, d’autant plus que c’était sur notre chemin.

Arrivés sur place, on découvre un parking entouré de champs verts et violets, de loin on croirait de la lavande, en bons provençaux que nous sommes. Je sors un prospectus pris au hasard à notre arrivée à Reykjavik. Il indique une randonnée de deux heures qui demande un bon équipement. Je repense à tous les touristes en tongs ou sandalettes qu’on a pu croiser durant nos marches et je souris. Nous c’est bon, on est équipé.

On embarque le pique-nique.

Le chemin à suivre est signalé par des repères jaunes. Nous déambulons entre les fleurs violettes.

Dora l’exploratrice.

Glymur (22)

Cette fois-ci la cascade est bien cachée. Bientôt le chemin se multiplie en sentiers et nous perdons nos repères. Nous croisons un groupe de personnes ayant au moins deux fois notre âge, nous les suivons. Nous arrivons sur un petit sommet, une rivière coule plus bas. Nous découvrons finalement le passage à emprunter, un mini tunnel à travers des rochers. Nous avons semé le groupe. Nous retrouvons les repères jaunes qui s’arrêtent devant la rivière.

Qu’il faut traverser. Sur un rondin. Avec une corde.

Allô Houston, on a un problème.

Le rondin ne fait que les trois quarts de la largeur de la rivière, il y a donc une partie à traverser les pieds dans l’eau.

Allô ?

On laisse passer des personnes qui, le plus naturellement du monde, se déchaussent, traversent et disparaissent. Normal.

Alors là, stop. Je ne suis pas sportive du tout, et en temps normal je tiens à peine sur mes jambes, mon centre de gravité étant plus élevé que la normale (ben quoi ?). C’est pas pour m’essayer à faire de l’équilibre au-dessus de l’eau ! 😮 Je « fais ma fille » et avertis Adree que je le sens pas du tout, et qu’il est hors de question que je marche pieds nus dans cette eau glacée, ça va oui ?!

On commence à faire demi-tour, Adree est super déçu. Et puis on se perd encore, et finalement on se retrouve au même endroit, devant la rivière ! Je ne sais pas quoi faire. C’est sûrement pas insurmontable puisque les autres le font ! D’un côté ça me tente quand-même, l’aventure, tout ça. De l’autre, je ne me fais pas confiance, je trouve la corde d’appui trop basse et le courant me fait peur.

« Allez, enlève tes chaussures ! »

Ah non, je traverse avec mes chaussures, c’est trop froid !

« D’accord, fais comme tu veux, mais après tu vas avoir les pieds congelés toute la journée. Enlève-les. »

Je défais mes lacets, enlève mes chaussettes, retire mes chaussures. Je les attache l’une à l’autre et me les passe autour du coup.

Indiana Jones.

Un couple attend derrière nous. Je fais une grimace pour exagérer mon stress, ça fait rire la femme et moi aussi.

Bon. Si les autres le font, toi aussi tu peux le faire.

Adree s’élance, traverse dans l’eau, passe sous la corde (très pratique !) pour pouvoir se tenir sur le rondin. Okay. A peine est-il arrivé de l’autre côté que je m’élance à mon tour. Allez, hop hop hop, qu’on en finisse !

Mettre les pieds dans l’eau, ça, c’est dur. Je sens les galets glissants sous mes orteils, il faut faire vite et doucement à la fois. J’atteins le rondin, je ne sens plus mes pied et j’ai peur de m’y entrer une écharde. Vite, vite. Adree qui m’appelle:

« Attends, bouge pas ! Je fais une photo ! »

C’est une caméra cachée ou quoi ? Je crie mon désaccord, il prend sa photo. Mes yeux se perdent dans la vitesse du courant, bravo je suis déconcentrée, purée je vais tomber, ouf non, ça y est !

CA Y EST !

Je suis de l’autre côté, voilà c’est fini ! Bon ben, finalement, c’était pas si terrible ! Adree me félicite et on remet nos chaussures. Bon, ok, ça, c’est fait, mais une fois, pas deux ! Pour le retour, on passera par le sommet ! Soulagés et contents, nous continuons. Mais voilà qu’il nous faut maintenant grimper, presque à la verticale, en s’aidant encore d’une corde. NiGlymur (5) une, ni deux, je me transforme en araignée ! Je déploie tous mes membres, m’agrippe à la corde et cours presque sur la paroi ! Je me sens un peu ridicule mais je m’en fiche.

Spiderman.

Adree me félicite. On grimpe comme ça à deux ou trois reprises, on prend de la hauteur et on se rend compte qu’il y a de moins en moins de monde. Moi je suis peut-être ridicule, mais j’avance ! Le sentier longe le bord de la falaise, niveau sécurité: zéro. Au sommet le vent est plus fort. Nous nous penchons…

Des trombes d’eau qui tombent de 200 mètres de haut. Les parois des falaises sont recouvertes de mousse verte, des mouettes volent d’un bord à l’autre. Un vrai petit monde à part que l’on découvre là ! Dommage qu’on ne puisse pas s’approcher du bord plus sereinement pour profiter de la vue. Nous mangeons rapidement car il ne fait pas chaud.

Et puis nous devons redescendre. On aperçoit des gens en face, de l’autre côté de la cascade. Bon, par où on passe ? Cette fois-ci, pas même de rondin pour traverser ! Comment faire ?On remonte le cours d’eau, essayant de repérer un passage pas trop profond… La deuxième tentative est la bonne. On remet nos chaussures autour du cou.

« Allez, là, il faut faire vite ! Il faut bouger, si tu restes sans bouger, c’est foutu, tu auras les pieds engourdis et après, c’est la merde ! »

Gloups.

Main dans la main pour affronter le froid, c’est parti. Orteils sur les galets, vingt centimètres d’eau comme autant de lames qui nous cisaillent les pieds.

« C’est pas froid, c’est pas froid… » C’est pas froid, c’est glacé. C’est de la glace fraîchement fondue un peu plus haut.

C’est plus froid, c’est brûlant. Se concentrer sur la rive d’en face, ne pas penser, ne pas ressentir les aiguilles qui nous transpercent…

Enfin, ça y est ! Le contact avec l’herbe est aussi douloureux, nous agitons les pieds pour refaire circuler le sang. Et puis là Adree:

« Attends, j’y retourne, on a pas pris de photo ! »

Un gars qui nous suivait hallucine. On l’aide en le débarrassant de ses chaussures. Là j’avoue qu’on est très content d’avoir nos chaussettes et nos chaussures bien sèches et chaudes !

Nous redescendons pendant plus d’une heure dans les éboulis de rochers…

Au final, on est fier de nous, mais on ne s’attendait pas à ce parcours du combattant, surtout moi ! De retour à la voiture nous nous laissons emporter par une petite sieste pour nous remettre de nos émotions.

Puis nous reprenons la route de Reykjavik. Nous sommes satisfaits de ce que nous avons pu voir de l’Islande, mais nous savons qu’il reste encore de (belles) choses à découvrir… Nous aurons le grand plaisir de revenir !

Le lendemain un nouveau départ nous attend… pour la Norvège !

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5 Comments

  1. Bonsoir les Trotteurs!
    Que de beaux paysages bien rendus par les photos prises par Adrien, et quels périples si bien ressentis par les écrits de Claire.
    Gérard.

  2. Woaow! Juste incroyable! M’as trop fait rire, je t’y vois trop Clarinette!
    BIZZ

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