La rencontre inattendue tant attendue

kerryAprès étude de la carte, nous repérons l’itinéraire possible, qui se fera à travers de petits villages principalement. Nous décidons d’annoncer la direction, c’est-à-dire Cork, pour le cas où la personne s’y rendrait effectivement, puis un patelin plus proche, pour rassurer le conducteur et avoir plus de chances d’être pris.

Nous avançons plutôt bien! Notre temps d’attente maximum doit être d’environ dix minutes! On est content. Les voitures défilent, les profils des conducteurs aussi: un quinquagénaire, un chasseur avec son petit garçon qui chantera « Spiderman, Spiderman, Spiderman… » d’une façon inquiétante pendant presque tout le trajet… jusqu’à s’endormir…

L’un de leurs deux Jack Russel viendra immédiatement s’assoir sur mes genoux, sans demander mon avis, et laissera d’innombrables poils blancs sur mon pantalon noir…

Puis un couple de jeunes, un couple de quadra qui roule en hybride. Une femme seule qui aura même fait demi-tour exprès pour nous… Ca sera la première personne à nous dire de faire attention, et qu’on a de la chance parce que les gens ne s’arrêtent pas habituellement, qu’ils se méfient. Elle nous emmène à Arklow, nous pique-niquons dans le vent en bord de mer. Le repas est frugal, puisque j’ai acheté à l’étape précédente une mushrooms pie qui doit en fait être cuite au four…

Nous traversons la ville pour nous mettre à la sortie. La circulation est importante mais notre temps d’attente le devient aussi. Nous assistons à un défilé de tracteurs en faveur d’une association. Nous leur levons quand-même le pouce pour rigoler et eux nous font signe de monter en se marrant.

Photo par Peter Mooney

Un homme s’arrête à notre niveau. Nous croyons que c’est pour nous mais c’est en fait pour se rendre au supermarché d’en face…et nous dire qu’il faut qu’on aille plus loin, qu’ici les gens ne s’arrêteront pas. Nous nous décalons. Finalement au bout d’environ une heure, un 4X4 sort de la file de voiture et s’arrête devant nous: cette fois-ci c’est la bonne! A l’intérieur un jeune de notre âge, ou peut-être moins, tout en dread locks et charismatique. Il nous dit qu’il ne va pas dans notre direction, mais peut faire un détour pour nous faire sortir de la ville. Nous le remercions et il nous dépose au bord d’une nationale.

La circulation est moins dense et nous recommençons à patienter quelques dizaines de minutes… Soudain une voiture s’arrête un peu plus loin. Nous nous demandons si c’est bien pour nous, finalement la conductrice nous fait signe: il s’agit de Zanny. Elle a un accent d’on ne sait où, nous dit que si je n’avais pas été là elle ne se serait pas arrêtée car il y a trop d’histoires horribles avec les auto-stoppeurs… Comme aux autres nous lui racontons notre voyage, nos projets; elle nous demande où nous allons dormir le soir-même, nous répondons que nous ne savons pas, alors elle nous donne son numéro de téléphone et nous dit en insistant de l’appeler si on ne sait pas où aller. Elle nous dépose à un rond-point avant l’entrée d’autoroute pour Wexford, car elle part vers Gorey.

Nous attendons. Encore. Encore. Nous nous rendons compte que malheureusement l’endroit est vraiment mal choisi, la majorité des gens sortant de l’autoroute se dirigeant vers Gorey. De plus il n’y a pas de place pour s’arrêter, la voiture devra se garer sur le côté de la voie…

Une voiture nous accoste avec trois jeunes à l’intérieur. Ils rigolent à moitié, nous demandent où on va, nous disent qu’ils vont à Wexford aussi. Je souffle à Adree que s’ils sont trois dans la voiture on ne peut pas monter, mais le conducteur insiste. Adree ouvre le coffre pour y mettre son sac…et le coffre est plein, de cartons ou je ne sais quoi. Pas de place. L’autre insiste, je dis « Si c’est pour se foutre de nous c’est pas la peine! », Adree s’énerve gentiment (si-si, c’est possible) « Sorry my bag is too huge, I can’t ». Les autres se marrent toujours, sans doute à moitié bourrés, celui à côté du conducteur nous fait comprendre qu’il peut mettre un sac entre ses jambes…je sens poindre la blague graveleuse, comment s’en débarrasser? Nous reposons nos sacs par-terre, « Thank you but it’s not possible ». Ils finissent par redémarrer. Ca nous a filé un coup de chaud et les nerfs. Merci les crétins! On commence à perdre le moral, une heure et demi qu’on attend pour ça!  Il commence à faire froid.

L’attente reprend, on hésite à contacter Zanny, on veut attendre un temps raisonnablement long avant de s’inviter chez elle… Et puis, enfin, un couple de jeunes s’arrêtent, et cette fois nous leur demandons d’aller à Gorey, pour au moins nous rapprocher de Zanny si on doit l’appeler! Ils seront notre dernier lift. Une fois à Gorey nous cherchons à nous mettre à la sortie de la ville en direction de Wexford.

L’attente reprend mais on est fatigué, et fatigué d’attendre. Il est 18 heures passées, nous décidons d’envoyer un sms à Zanny. Elle nous a donné son numéro de téléphone, mais pas l’indicatif du pays! Heureusement nous avons un prospectus sous la main, Adree recopie l’indicatif et écrit à Zanny. N’ayant pas de réponse, nous commençons à marcher, la route est bordée de champs. Nous dépassons un hôtel 4* et rapidement nous nous rendons compte que nous ne pourrons pas marcher longtemps en sécurité: la route est étroite, nos sacs sont gros, les voitures vont vite et nous n’avons pas la place de marcher! On essaie d’appeler Zanny, on tombe sur un répondeur, on cherche pas à comprendre et on raccroche. Comme les prés sont une fois de plus clôturés, on décide de sonner chez les gens pour leur demander la permission de camper.

Credit Wikipedia

La première maison semble être factice! Un décor de cinéma. Nickelle, immobile. Nous sonnons. Rien. Je jette un oeil par la fenêtre…c’est vide. Enfin presque, une table à repasser et des fringues éparpillés par-terre…bizarre. Cette maison ne semble pas vraiment habitée… Nous faisons le tour et découvrons un van, avec une vielle poussette et des affaires qui me rappellent les Roms de Nice… C’est un squat! « Qu’est-ce qu’on fait, le pré est accessible, on y va? » L’entrée du pré est derrière la maison aussi. « Pas envie d’avoir une visite nocturne! » J’ai des frissons, nous repartons dare-dare.

Maison suivante: elle paraît plus vivante, le jardin est avenant. On sonne. Cette fois on regarde de suite à l’intérieur et on voit une multitude de bibelots…soit le gars qui vit là est un antiquaire, soit… Une femme passe la tête par la fenêtre. Nous commençons à lui parler, mais elle nous dit quelque chose d’incompréhensible et appelle quelqu’un. Un homme sort, clopin-clopan, et en nous écoutant à peine (« Is it possible to put the tent in your garden please?… ») il nous crie presque méchamment de le laisser tranquille et qu’on a qu’à aller à l’hôtel un peu plus loin! Of course, on va débarquer dans un 4* avec nos sacs à dos… Lui aussi nous fout la trouille et nous déguerpissons. Nous tentons la dernière maison, après ça on se mettra en quête d’un hôtel, tant pis! Je rage contre Zanny qui ne nous répond pas.

La troisième tentative est une grande propriété, nous sonnons, l’intérieur semble normal. Personne. Une voiture est garée, je commence à faire le tour, remarque une sorte de cabane à outils avec la clé sur la porte. Il doit bien y avoir quelqu’un?! Adree me rappelle, « Allez viens on s’en va, regarde ». Il y a des caméras au-dessus de la porte d’entrée qui surveillent tout le jardin! Nous repartons.

On est crevé, énervé, dégouté. On demande juste deux mètres carrés d’herbe pour poser notre tente!…

Avec son GPS Adree recherche les hôtels de la ville: trois, dont le 4*. Ok… Nous cherchons le deuxième, qui est en fait un pub qui propose quelques chambres! Malheureusement, on est en plein bank holliday (week-end du 8 mai) et c’est complet. La serveuse nous envoie au troisième hôtel… Il se trouve à l’opposé, en dehors de la ville. Nous commençons à nous traîner sérieusement. Je me demande pourquoi Zanny nous a invité pour ensuite ne plus donner signe de vie, ni même envoyer un sms pour décliner.

Nous arrivons à l’hôtel et il s’agit une fois de plus d’un 4*! Qu’est-ce que c’est que cette ville?! Adree va se renseigner sur les prix, au cas où…non, vraiment, 130 euros la nuit par personne, c’est trop pour nous! Nous faisons machine arrière et nous postons en face d’une station service, direction Courtown, pouce levé sans conviction. On va appeler un taxi! Tiens justement en voilà un qui s’arrête pour faire le plein…Mais il dit à Adree qu’il a fini son service et que de toute façon il doit passer par un call center, qui envoie un taxi. Il lui donne sa carte avec le numéro à appeler.

Personne ne répond. Allons bon! On réessaie. Rien.

Et puis soudain Adree réalise que bizarrement le numéro des taxi a un autre indicatif. Il réussit à se connecter à Internet avec son portable, et comme Wikipédia est notre ami, on apprend qu’en Irlande il y a plusieurs indicatifs, et que les numéros de téléphone peuvent compter entre 7 et 11 chiffres!… Nous composons alors le numéro de Zanny avec l’indicatif du numéro des taxis: ça sonne! Zanny décroche! Youpiii! Il est 20 heures, nous lui demandons si sa proposition tient toujours, elle dit bien-sûr et semble très enthousiaste, elle vient nous chercher! Nous pouvons enfin souffler!

Deux minutes plus tard, un taxi s’arrête à notre niveau et nous demande spontanément si l’on a besoin de ses services…

Vingt minutes après notre sauveuse est là et elle nous emmène chez elle… à Courtown!

Nous sommes morts de faim et son repas est délicieux. Ce soir-là nous parlons beaucoup avec elle, de notre projet, de sa vie et de la vie en général. Elle nous accueille comme des membres de sa famille, nous dormons dans la chambre de son fils, et je crois que quelque part, elle est contente de voir quelqu’un dans ce lit vide.

Nous ne repartirons pas tout de suite.

restaurant ave Zanny

Deux jour plus tard, ce sera finalement elle qui nous conduira à Wexford, pour récupérer notre voiture de location!

Car nous nous rendrons compte que nous devons faire plus que 50 kms par jour pour espérer profiter du pays avant de repartir, et sur ses conseils nous découvrirons que les trajets en train ou bus reviendraient plus chers que la location d’une voiture!

Ces deux jours passés en compagnie de Zanny nous ont beaucoup touchés et marqués. Par son incroyable confiance et gentillesse, par son histoire personnelle. Par les longues discussions nocturnes alors que nous étions à bout de forces physiques et/ou psychologiques. Par son anglais ponctué d’accent portugais, étant d’origine brésilienne, que nous avons réussi à apprivoiser et à comprendre.

Zanny

Zanny avec son bracelet « AC WORLD TOUR »

Par le fait qu’au fond, c’est bien tout cela que nous cherchons.

 

Pour situer les évènements, voici en premier le trajet que nous pensions faire, suivi de celui que nous avons fait :

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4 Comments

  1. excellent reportage. Bravo Claire ! on s’y croirait…
    nous sommes en Andalousie dans un 4 étoiles, plus de confort mais moins d’aventures

    • Merci! J’ avoue que je ne cracherais pas sur un 4* de temps en temps! 🙂 Bon séjour!

  2. J’ai adoré l’article, bravo 😉
    Et chouette aventure dis donc !
    Alicia

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